La Planification Familiale au Burkina Faso

La Planification Familiale au Burkina Faso

La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (dite CEDAW) garantit à la femme comme à l’homme le droit de décider librement et en toute connaissance de cause du nombre et de l’espacement des naissances. Le Comité CEDAW a pour sa part souligné l’obligation qu’avaient les États de « donner une place prioritaire à la prévention des grossesses non désirées, par la planification familiale et l’éducation sexuelle, et réduire les taux de mortalité maternelle par des services de maternité sans risques, et d’assistance prénatale ».

Toutefois, selon une étude statistique publiée en 2002, plus de 5 000 femmes sont mortes au Burkina Faso, entre 1995 et 2000, des suites de grossesses non planifiées. Nul doute que les grossesses non désirées, qui surviennent trop tôt ou au mauvais moment, sont particulièrement risquées pour la mère comme pour le bébé. En effet, dans ces cas, de nombreuses femmes ont recours à l’avortement pratiqué dans de mauvaises conditions sanitaires et au péril de leur vie. Il semble par conséquent crucial d’assurer l’accès de toutes les femmes à un programme de planification familiale volontaire, sans risque et effectif, ainsi qu’à diverses méthodes de contraception.

Le gouvernement du Burkina Faso reconnaît l’importance pour tout être humain de jouir de ses droits sexuels et reproductifs, ceci garantit par une Loi sur la santé de la reproduction, adopté en 2005.

En outre, deux décrets ont été adoptés respectivement sur la création de structures privées de santé de la reproduction et sur la production et l’importation de contraceptifs.

Un Plan stratégique de sécurisation des produits contraceptifs (2006-2015) a également été établit avec pour objectif de rendre l’État plus indépendant des organismes donateurs en matière d’achat de produits contraceptifs, en veillant à ce que ces derniers soient disponibles pour toutes les femmes et en assurant des services de planification familiale de qualité.

Finalement, le Plan stratégique de sécurisation des produits de la santé de la reproduction (2009-2015) permet d’évaluer les progrès réalisés et restant à accomplir en ce domaine.

Cependant, et malgré le développement des campagnes d’information sur l’utilisation des méthodes de contraception, l’usage de ces techniques reste très limité, en particulier dans les zones rurale.

Les statistiques concernant l’usage de la contraception varient beaucoup et ne permettent guère de se faire une idée exacte de la réalité.  En 2003, seules 14 % des femmes ayant des relations sexuelles (une sur sept) utilisaient une méthode de contraception. Dans son rapport au Comité CEDAW en février 2004, le gouvernement burkinabè estimait que les besoins non satisfaits en matière de contraception concernaient 42,4 % des femmes mariées.

Quelles sont donc les difficultés à surmonter en matière de planification familiale au Burkina Faso ?

  • La multiplicité des obstacles à l’utilisation de la contraception :

D’après les témoignages recueillis par Amnesty International, les obstacles se conjuguent pour empêcher les femmes burkinabè d’avoir accès à la contraception. Ainsi, le manque d’informations, qui fait souvent naître des craintes injustifiées, vient s’ajouter aux blocages culturels accompagnant les obstacles d’ordre structurel, comme l’insuffisance des services de planification familiale. De plus, bien souvent le coût constitue une grande difficulté. Enfin, Le mari est souvent un obstacle, car certains hommes pensent que la contraception incite les femmes à être infidèles.

  • Insuffisance de l’information sur les droits sexuels et reproductifs :

Selon les statistiques officielles, la connaissance des méthodes modernes de contraception sont en progression. Cela ne signifie pas pour autant que les femmes ont la possibilité de recourir aux dites méthodes. S’il est établit que les femmes ayant un niveau d’éducation plus élevé sont davantage susceptibles de recourir à la contraception force est de constater que nombre de femmes vivant en zone rurale, n’ont jamais entendu parler de la Loi sur la santé de la reproduction.

Alors que le droit à l’information sur la planification familiale figure bien dans cette Loi, le gouvernement n’a toujours pas lancé la grande campagne nationale de sensibilisation qui pourrait permettre de faire de ce droit une réalité. Le Plan stratégique de sécurisation des produits contraceptifs prévoyait la mise en place d’un programme de communication destiné à sensibiliser la population, notamment masculine, aux avantages de la planification familiale. Alors même que ce programme a démarré en 2007 il ne semble toutefois pas avoir couvert tout le territoire national.

  • Des services de planification familiale inadéquats :

Les femmes qui souhaitent avoir des renseignements et des contraceptifs doivent se rendre dans les établissements de santé les plus proches de leur domicile. Toutefois ces services de planification familiale sont souvent inadaptés, tant au niveau de la qualité de l’information dispensée que de la confidentialité des rendez-vous. Ce manque de discrétion constitue un facteur très dissuasif qui empêche beaucoup de femmes de se renseigner sur la contraception. En outre, de nombreuses femmes regrettent que de tels services soient fréquemment tenus par des hommes.

  • Des produits contraceptifs pas toujours disponibles :

Depuis le lancement du Plan stratégique de sécurisation des produits contraceptifs, le gouvernement s’est efforcé de rendre les contraceptifs plus disponibles en consacrant une part appréciable du budget à leur achat. Cependant les problèmes d’approvisionnement dans des zones reculés sont fréquents et ont des conséquences graves notamment la diffusion du sida.

  • Le prix des contraceptifs : un frein à leur utilisation :

Le coût des contraceptifs constitue un obstacle majeur pour les femmes qui ne disposent pas de sources de revenus personnels. Bien que les consultations dans les centres de santé publics soient gratuites et que les contraceptifs soient subventionnés, ces derniers sont quand même vendus à un prix équivalent à 25 % de leur coût. Ainsi, pour une jeune fille qui dépend entièrement de sa famille, le prix de la contraception peut s’avérer être une difficulté insurmontable.

  • Les résistances des maris et de la famille en général :

Dans bien des cas, les époux ou d’autres membres masculins de la famille s’opposent à l’usage de la contraception et, ainsi, certaines femmes doivent se cacher pour recourir à de telles méthodes. Il n’est alors pas rare que les maris reprochent à des membres du personnel médical d’avoir fourni à leurs femmes des informations et des produits de contraception. En effet, l’opposition à la contraception est souvent ancrée dans le rôle traditionnel assigné à la femme et dans le fait que les enfants sont généralement considérés comme une source de richesse.

  • Le manque de moyen des services de planification familiale :

Les différents programmes de planification familiale du Burkina Faso souffrent depuis des années de problèmes de financement. Cependant, depuis quelques années, la planification familiale semble être redevenue une priorité et l’État a la volonté de devenir financièrement indépendant des donateurs en matière d’achats de contraceptifs.

  • Avortements clandestins et dangereux :

Le manque d’informations et les dysfonctionnements qui peuvent se produire dans la mise à disposition des différents moyens de contraception expliquent en partie le nombre élevé d’avortements clandestins pratiqués au Burkina Faso. Ces interruptions de grossesse sont pratiquées en dehors des établissements de santé publique, dans des conditions d’hygiène souvent déplorables et par des personnes n’ayant pas reçu la formation nécessaire.

Eu égard au cadre juridique de l’avortement, il convient de noter que le gouvernement a modifié la législation sur l’avortement en 1996 afin de réduire le nombre de décès induits par cette pratique. L’avortement est alors une infraction aux termes du Code pénal modifié en 1996 mais l’interruption de grossesse est autorisée lorsque la vie de la femme enceinte ou du fœtus est menacée, et en cas de viol ou d’inceste.

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2 Commentaires

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2 réponses à “La Planification Familiale au Burkina Faso

  1. Bravo à AI de s’impliquer sur le sujet de la planification familiale. L’association Démographie Responsable est exactement sur la même longueur d’onde et vient d’ailleurs de mettre en place un partenariat avec une association béninoise. Si vous le souhaitez, nous sommes prêts à vous aider aussi au Burkina Faso.
    Rémi Manso (responsable de DR)

  2. la politique de planification familiale reussira,lorsque le sujet sexe cessera d’être tabout en afrique, ça doit être une affaire de tout le monde,les filles doivent s’approprier la politique pour eviter les avortement clandestins.

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