Les « usines à bébés », rien de nouveau sous le soleil au Nigeria

À Lagos, plus grande ville du Nigeria, la police a découvert une nouvelle « usine à bébés », un de ces établissements illégaux, dans lesquels des femmes sont contraintes de porter puis de mettre au monde des enfants destinés à être vendus : « nous avons eu un renseignement au sujet de sept femmes enceintes qui attendaient à un arrêt de bus et nos hommes sont allés les chercher là-bas », a déclaré Bala Elkana, le porte-parole de la police de Lagos. C’est de cette maternité, située dans le district d’Isolo, qu’il considère comme « un centre de détention où des jeunes femmes sont mises enceintes pour avoir des bébés qui sont ensuite vendus », que sept filles se sont échappées. Plus inquiétant encore, c’est qu’il ne s’agit pas d’une première : quelques jours plus tôt, les autorités ont sauvé dix-neuf femmes enceintes rescapées de ce type d’établissement dans un autre quartier de la ville.

Une victime de violences sexuelles donne à manger à ses enfants, 2017. © Amnesty International

Au Nigeria, le trafic d’êtres humains est l’un des crimes les plus importants, derrière la fraude et le trafic de drogue. Dans ce pays riche en pétrole, plus de 44% des habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour, ce chiffre atteindra 45,5% en 2035, selon l’Institut de recherche World Poverty Clock. Pour quelques milliers d’euros , les jeunes femmes issues de milieux précaires, sont poussées vers ce genre de trafic. Selon la police de Lagos, une fille serait vendue pour 300 000 nairas tandis qu’il s’agirait de 500 000 nairas pour un garçon, soit respectivement 760 euros et 1 265 euros.

Maître Ifeoma Ihionu, avocate et cheffe de projet de l’ONG CRACO, explique, dans un reportage réalisé par TV5 Monde, comment s’organise la traite des bébés : « on n’aborde pas uniquement les droits du bébé ou de l’enfant qui est vendu, ce qui est interdit par la loi. Mais on évoque aussi les droits de l’adolescente ou de la jeune femme qui est transformée en une machine à concevoir des bébés. Et dans la majorité des cas, contre sa propre volonté. » Ces « babies factories » vendent chaque jour dix nourrissons au Nigeria, certains d’entre eux deviennent des esclaves ou des victimes de crimes rituels : « en ce moment, on a plusieurs affaires en cours devant les tribunaux. On se bat contre ces réseaux criminels ; on ne leur laissera aucun répit. Il n’y a pas de place à Lagos pour des usines à bébés ou des maisons illégales. Donc, peu importe comment ils se cachent ou s’enfuient, on les débusquera toujours. », soutient Agboola Dabiri, délégué de l’État de Lagos, en charge de la jeunesse et du développement social.

Le Nigeria est l’un des pays les plus actifs de l’Afrique de l’Ouest concernant le trafic humain. En plus des nourrissons victimes de la traite, il ne faut pas oublier la prostitution forcée des femmes qu’elle implique. Par ailleurs, bien que le gouvernement ait voté, en 2003, le « Trafficking in Persons Prohibition Law Enforcement and Administration Act » et créé la National Agency for the Prohibition of Trafficking in Persons, en 2005, le problème du trafic des personnes en général au Nigeria demeure irrésolu. En 2017, il était question de 45 000 Nigérianes partant se prostituer chaque année en Europe. Ce chiffre alarmant avait attiré l’attention des dirigeants nigérians, comme Godwin Obaseki, gouverneur de l’État d’Edo, qui a présenté, en 2017, sa volonté de lutter contre ce phénomène et de fournir une aide aux femmes en vue du retour et de la réinsertion de ces dernières au Nigeria. Les églises nigérianes travaillent également à résoudre cette situation qui porte préjudice à l’économie locale, en la privant de ses actrices essentielles : les femmes.

Patricia-Ștefana ÎNSURĂȚELU

Sources :

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