Coup d’état au Myanmar


Par Emma


Lundi 1er Février la cheffe du gouvernement birman Aung San Suu Kyi, ainsi que le président et plusieurs membres du parti de la Ligue Nationale pour la Démocratie ont été arrêté.e.s par l’armée birmane au petit matin. L’armée a ensuite proclamé l’état d’urgence pour une durée d’un an, conférant les pleins pouvoirs au chef de l’armée, le général Min Aung Hlaing, et le poste honorifique de président par intérim au général Myint Swe (Le Monde, 2021). 

Ce coup d’État survient en réaction aux résultats des élections législatives qui se sont tenues en Novembre dernier. En effet, à l’issue de ces élections, le parti d’Aung San Suu Kyi avait récolté 396 sièges sur 476, soit quatre cinquièmes ) du Parlement. De son côté, la junte militaire, qui n’avait récolté que 8% des suffrages, a vivement contesté les résultats prétextant que les élections n’avaient pas été faites dans des conditions adéquates à cause de la pandémie de Covid-19. Suite à cela, l’armée a annoncé qu’elle réorganiserait des élections afin de mettre en place « une vraie démocratie multipartite » (ibid). 

Si ces élections ont été le point culminant des tensions, les relations entre le gouvernement et l’armée commençaient à s’étioler depuis plusieurs mois déjà. En effet, le Myanmar est un régime hybride où l’armée et le gouvernement civil se partagent le pouvoir, mais depuis plusieurs mois le gouvernement civil tente  d’écarter l’armée de ses prérogatives. Par exemple, l’année dernière le gouvernement avait proposé des amendements dans le but de réduire drastiquement le rôle de l’armée dans la politique birmane (Amelot, 2021). 


Le Monde, 2021. « Coup d’Etat en Birmanie : au moins deux morts et une trentaine de blessés parmi les manifestants, la répression s’intensifie »

Des manifestations violemment réprimées 

Le Myanmar n’est indépendant que depuis 1948 et pourtant, le pays fait déjà face à son troisième coup d’État, ce qui n’est pas sans conséquence pour la population. En effet, lors des précédents coups d’État, l’armée avait violemment réprimé les manifestations qui s’opposaient aux forces putschistes. En 1988, plus de 3000 manifestant.es avaient été tué.es et en 2007 plusieurs dizaines d’entre elleux sont mort.es et 2025 prisonnier.ères politiques ont été arrêté.es (Amnesty International, 2008).

Si le putsch militaire fait craindre un retour des violences à l’égard des manifestant.es à l’instar de 2007, Aung San Suu Kyi a toutefois appelé à la désobéissance civile et « à  ne pas accepter ce putsch militaire » dans une lettre diffusée sur les réseaux sociaux (Le Monde 2021).

De nombreuses manifestations pacifiques ont éclaté dans les grandes villes du Myanmar, comme à Rangoun où des dizaines de milliers de manifestant.es ont défilé plusieurs jours de suite (Le Monde, 2021). Comme prévu, la junte militaire a réprimé les manifestations dans la violence. Le 20 Février, les policier.ère.s ont tiré à balles réelles dans la foule, faisant deux mort.e.s et une trentaine de blessé.e.s à Mandalay (RFI, 2021).

Par ailleurs, dès le 1er Février, l’armée a coupé l’accès à internet pendant plusieurs jours et a ordonné aux entreprises de télécommunication birmanes de couper l’accès au service 4G et de bloquer l’accès à Twitter, Facebook et Instagram dans tout le pays (Amnesty International, 2021). Dans un contexte politique aussi instable, auquel vient s’ajouter la crise pandémique de Covid-19,  bloquer l’accès à internet semble être une initiative dangereuse. Aussi, il est indéniable qu’entraver l’accès à internet empêche tout simplement la population de faire entendre leur voix, de communiquer avec le monde extérieur ainsi que de s’informer sur la situation qui est la leur (ibid). 

Pour rappel, la liberté d’expression et le droit de manifester pacifiquement sont respectivement inscrits à l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme des Nations Unies (Amnesty International, 2014) et à l’article 21 du Pacte international sur les droits civiques et politiques (Assemblée Nationale, 1966). Ainsi, en étouffant les dissidences par l’usage de la force et en empêchant la population de s’exprimer et de s’informer via internet, la junte militaire bafoue à de multiples reprises les droits fondamentaux de la population birmane. 

Quelles conséquences pour la population Rohingya ? 

D’autre part, ce nouveau coup d’État est particulièrement préoccupant pour la population Rohingya. La population Rohingyas est une minorité musulmane qui vit principalement dans l’Ouest du Myanmar. Les Rohingyas sont traités comme des citoyen.nes de seconde zone et subissent des persécutions de la part de la majorité bouddhiste. Cela se traduit par des restrictions des droits fondamentaux comme la liberté de circuler, de pratiquer son culte, d’accéder à l’éducation ou aux soins mais aussi par des violences physiques, des viols et des destructions de villages entiers (Amnesty International, 2017). En 2017, les persécutions se sont accrues ce qui a contraint près de 700 000 Rohingyas à fuir le Myanmar pour le Bengladesh en moins de six mois (Human Rights Watch, 2021). 

Huffington Post, 2021. « En Birmanie, les Rohingyas très inquiets des conséquences du coup d’État ».

Ce nouveau coup d’État est très préoccupant car le général Min Aung Hlaing, qui est à la tête de la junte, est l’un des responsables des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis à l’égard de la minorité ethnique rohingya en 2017. Certes, si la junte militaire a déclaré qu’elle appliquerait le plan de rapatriement prévu pour les Rohingyas réfugiés au Bangladesh, la communauté internationale et les organisations non gouvernementales restent inquiètes quant au sort des Rohingyas et redoutent un retour des persécutions comme on le vit en 2017 (Huffington Post, 2021).

Sources

-Le Monde, 2021. « Birmanie : Aung San Suu Kyi exhorte la population à « ne pas accepter le coup d’Etat».
https://www.lemonde.fr/international/article/2021/02/01/birmanie-aung-san-suu-kyi-a-ete-arretee-par-l-armee-selon-le-parti-au-pouvoir_6068313_3210.html 

-Laurent Amelot, 2021. « Décryptage – Birmanie : les conséquences de ce coup d’état », RFI.

– Amnesty International, 2008. « Un an après les manifestations violemment réprimées en Birmanie … Soutenez les prisonniers birmans ». https://www.amnesty.be/agenda/article/un-an-apres-les-manifestations

-Le Monde, 2021. « Coup d’Etat en Birmanie : au moins deux morts et une trentaine de blessés parmi les manifestants, la répression s’intensifie » https://www.lemonde.fr/international/article/2021/02/19/mort-d-une-manifestante-devenue-une-icone-pour-les-partisans-de-la-democratie-en-birmanie_6070616_3210.html

-RFI, 2021. « Manifestations en Birmanie: deux tués et plusieurs blessés par des tirs de la police ».
https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20210220-manifestations-en-birmanie-plusieurs-bless%C3%A9s-apr%C3%A8s-des-tirs-de-la-police 

-Amnesty International, 2021. « Myanmar. La nouvelle coupure d’Internet est «honteuse et dangereuse» ».
https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2021/02/myanmar-new-internet-blackout/

– Assemblée Nationale, 1966. « Pacte international relatif aux droits civils et politiques (Onu, 16 décembre 1966) ».
https://www.assemblee-nationale.fr/histoire/peinedemort/pacte-international-droits-civils-et-politiques.asp

-Amnesty International, 2014. « Liberté d’expression ».
https://www.amnesty.org/fr/what-we-do/freedom-of-expression/ 

-Human Rights Watch, 2021. « Myanmar : Coup d’État contre la fragile démocratie ». https://www.hrw.org/fr/news/2021/02/01/myanmar-coup-detat-contre-la-fragile-democratie

-Huffington Post, 2021. « En Birmanie, les Rohingyas très inquiets des conséquences du coup d’État ».
https://www.huffingtonpost.fr/entry/en-birmanie-les-rohingyas-tres-inquiets-du-coup-detat-militaire_fr_6028071cc5b6f88289fc0e7a 

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