Ouïghour.e.s, les révélations de la BBC sur l’utilisation des violences sexuelles sur les femmes ouïghoures.

Par Emma

Mardi 2 Février la BBC a publié une enquête alarmante révélant les atrocités commises par le gouvernement chinois à l’encontre de la population ouïghoure.  

Les Ouïghour.e.s sont une minorité musulmane turcophone vivant principalement dans le Nord-Ouest de la Chine, à Xinjiang. Ce territoire a été annexé par l’État chinois en 1949, faisant émerger de vives tensions entre la Chine et les Ouïghour.e.s. En 2014 les tensions s’intensifient après des attentats commis par des groupes terroristes ouïghours. Le chef d’État chinois, Xi Jinping, décide alors de mener une politique de répression draconienne à l’encontre de la minorité musulmane (Blin Kernivinen, 2020). Dès lors, le gouvernement a procédé à l’arrestation de nombreu.ses.x musulman.e.s et les a placé.e.s dans ce qu’il qualifie de « camps de formation et d’éducation » afin de les « remettre dans le droit chemin » (ibid). 

Toutefois en Novembre 2019, le New York Times a fait fuiter un document de plus de 400 pages provenant du gouvernement chinois. Ce document révèle les atrocités que subissent les Ouïghour.e.s dans ces camps « d’éducation » qui se sont avérés être de véritables camps de concentration (Ramzy, Buckley, 2019). En effet, les Ouïghour.e.s détenus sont soumis au travail forcé, à des traitements médicaux dangereux, à des disparitions et subissent les pires formes de torture (Tellier, 2020).

Ziawudun identified this site - listed as a school - as the location she was held. Satellite images from 2017 (left) and 2019 (right) show significant development typical of camps, with what look like dormitory and factory buildings

La photo de gauche représente l’infrastructure du camp en 2017. La photo de droite représente le même camp en 2019. Ces deux photos témoignent du développement rapide du camp de Xinyuan à Xinjiang.
Source : ‘Their goal is to destroy everyone’: Uighur camp detainees allege systematic rape By Matthew Hill, David Campanale and Joel Gunter BBC News https://www.bbc.com/news/world-asia-china-55794071

L’enquête de la BBC publiée au début du mois de février met plus particulièrement en avant les atrocités que subissent les femmes ouïghoures dans ces camps. L’enquête révèle des témoignages de nombreuses femmes dont certaines ont été détenues dans les camps tandis que d’autres ont  été forcées à y travailler. Elles y décrivent des viols, des agressions sexuelles et des tortures au quotidien (Hill, Campanale, Gunter, 2021). 

Tursunay Ziawudun, réfugiée aux Etats-Unis après avoir été détenue neuf mois dans le camps de Xinyuan dans la région Xinjiang, témoigne avoir été violée à plusieurs reprises par des groupes d’hommes chinois masqués et raconte que chaque soir, des femmes étaient sorties de leur cellule pour subir les mêmes atrocités qu’elle. Souvent, les femmes enlevées la nuit ne revenaient pas à leur cellule le lendemain (ibid). 

Elle rapporte également qu’à leur arrivée, elles se voyaient confisquer leurs vêtements et bijoux et se faisaient couper les cheveux. Aussi, les détenues devaient quotidiennement regarder, apprendre et réciter des programmes de propagande. Lorsque l’une d’entre elles se trompait en récitant ces messages, elle était rouée de coups de pied dans l’abdomen par les gardes (ibid). Ces pratiques visent à effacer toute identité propre des femmes détenues, aussi bien physiquement en leur confisquant leurs effets personnels, que mentalement en les endoctrinant. 

En plus des atrocités commises, les détenues vivent dans des conditions sanitaires déplorables. Elles sont généralement entassées dans de petites cellules avec des barreaux aux fenêtres et une simple bassine comme sanitaire (ibid). La prise en charge médicale y est presque inexistante, les femmes détenues ne mangent pas à leur faim et subissent des expériences médicales en tout genre. La Chine est d’ailleurs accusée de prélever des organes sur les détenu.e.s Ouïghour.e.s pour alimenter un sinistre marché d’organes vers l’Arabie Saoudite (Askolovitch, 2020).

Les faits exposés par Tursunay Ziawudun semblent corréler avec le témoignage de Gulzira Auelkhan qui a été forcée de travailler dans ce camp pendant 18 mois. Elle raconte que des hommes chinois « payaient pour pouvoir choisir les plus jolies jeunes détenues » et qu’elle était forcée de les déshabiller et de les attacher avant de les laisser aux mains des hommes chinois (Hill, Campanale, Gunter, 2021). 

Au-delà des viols et des agressions sexuelles, l’enquête confirme également que la Chine a recours à la stérilisation et à l’avortement forcés afin de faire baisser le taux de natalité des Ouïghour.e.s (ibid). Les femmes ouïghoures sont régulièrement soumises à des contrôles de grossesse, sont forcées de porter un dispositif intra-utérin et sont même contraintes d’avorter. Aussi, la police chinoise organise régulièrement des descentes dans les maisons des Ouïghours afin de vérifier le nombre d’enfants par foyer et s’assurer qu’aucun enfant n’a été caché des autorités. En effet, les familles ouïghoures ayant plus de trois enfants s’exposent à de lourdes amendes et les parents, dans l’incapacité de les payer, sont souvent envoyés dans les camps (AP, 2020). 

Ces pratiques révèlent une réelle volonté d’épuration ethnique de la part de la Chine. Le graphique ci-dessous montre clairement que la population Ouïghoure a drastiquement diminué depuis 2017, soit l’année à partir de laquelle le développement du camp de Xinjiang s’est accéléré. Par exemple, dans les régions de Hotan et Kashgar, dont la population est principalement Ouïghoure, le taux de natalité a chuté de 60% rien qu’entre 2015 et 2018 (ibid).

Les exactions commises par le gouvernement chinois constituent de graves violations des droits humains. En droit international, le recours à la torture est prohibé depuis 1949 par les Conventions de Genève. Rien ne justifie l’utilisation de tels traitements inhumains, pas même en temps de guerre (CICR, 2011).
De plus, si l’on se réfère à la jurisprudence, à la fin des années 1990 le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a pour la première fois prononcé plusieurs condamnations pour viol en tant qu’acte de torture. Aussi, le Tribunal pénal international pour le Rwanda a reconnu que le viol pouvait constituer un acte de génocide (Oumba, 2017). Les accusations contre la Chine ne sont donc pas des actes isolés et constituent un crime contre l’humanité.  

Dans des contextes de conflits et de tensions, les femmes sont souvent les premières cibles de violences et cumulent les formes d’agressions et de persécutions. En effet, en plus de subir les discriminations et les violences généralisées, les femmes Ouïghoures sont la cible d’agressions sexuelles que les hommes ne subissent que dans une moindre mesure. Les violences sexuelles sont utilisées comme une arme pour démoraliser, humilier, dominer et terroriser une population. Aussi, les violences sexuelles vis-à-vis des femmes peuvent être utilisées comme de véritable tactiques de génocide. En effet, les agressions sont souvent accompagnées de torture et de mutilations génitales empêchant les femmes d’avoir des enfants et ainsi anéantir une population entière (Amnesty International, 2015).

Quelques jours après la publication de l’enquête de la BBC, la communauté internationale a exprimé son indignation et a condamné les atrocités commises par la Chine. Le président du Congrès Mondial Ouïghour, Dolkun Isa, a demandé à ce que soit formé un tribunal populaire afin de faire la lumière sur les allégations portées contre l’État chinois (L’Obs, 2021). Parallèlement, une série d’auditions sera tenue à Londres en Mai et Septembre prochain afin de déterminer si la Chine est belle et bien coupable de génocide (ibid). 

Sources

-Amnesty International, 2015. « Les femmes dans les conflits ». https://www.amnesty.be/campagne/droits-femmes/droits-femmes-monde/article/les-femmes-dans-les-conflits 

-Askolovitch,C. 2020. « Stérilisation forcée et trafics d’organes : ce peuple Ouïghour que l’on veut faire disparaître, AP, Vice… », France Inter.
https://www.franceinter.fr/emissions/la-revue-de-presse/la-revue-de-presse-30-juin-2020

Blin Kernivinen, P. 2020. “Qui sont les Ouïghours, la minorité musulmane de Chine ? », 20 minutes. https://www.20minutes.fr/monde/2872535-20200928-ouighours-minorite-musulmane-chine 

-CICR, 2011. « Que dit le droit au sujet de la torture ? ».
https://www.icrc.org/fr/doc/resources/documents/faq/torture-law-2011-06-24.htm 

-Hill, M. Campanale, D. Gunter, J. 2021. “’Their goal is to destroy everyone’: Uighur camp detainees allege systematic rape”, BBC News.
https://www.bbc.com/news/world-asia-china-55794071 

-L’Obs avec AFP. 2020. « Ouïghours : témoignages sur les tortures, viols et stérilisations forcées dans les camps chinois », L’Obs.
https://www.nouvelobs.com/monde/20210207.OBS39878/ouighours-temoignages-sur-les-tortures-viols-et-sterilisations-forcees-dans-les-camps-chinois.html

-Oumba, P. 2017. « Les violences sexuelles dans le droits international humanitaire », Séminaire de formation des avocats sur le Droit international humanitaire.
https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01591507/file/Le%20viol%20et%20les%20violences%20sexuelles%20dans%20le.pdf 

-Ramzy, A. Buckley, C. 2019. “The Xinjiang Papers”, The New York Times.
https://www.nytimes.com/interactive/2019/11/16/world/asia/china-xinjiang-documents.html-Tellier, M. 2020. « Comprendre la répression des Ouïghours par la Chine en quatre points clés », France Culture.
https://www.franceculture.fr/geopolitique/comprendre-la-repression-des-ouighours-par-la-chine-en-quatre-points-cles

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