Philippe : « Je préfère dormir dehors plutôt que dans les foyers où il n’y a aucune sécurité »

Anne Hidalgo s’était engagée en février 2015 à « lutter contre la grande exclusion » à Paris. Deux ans plus tard, la Fondation Abbé-Pierre alerte qu’en 2017, « le nombre de personnes confrontées à la crise du logement continue d’augmenter », soit une hausse de 50% depuis ces dix dernières années (INSEE).

Assis entre deux cartons, une cigarette à la main, Philipe, autrement appelé capitaine Némo, est dans la rue depuis une dizaine d’années. Il raconte que seules les associations comme La Croix Rouge ou Restos du Cœur viennent leur fournir des repas. La plus grande part de leur budget est composée de dons de particuliers, bien qu’elles reçoivent des subventions. En plus du problème de la nourriture, les logements d’urgence ne sont pas adaptés.

sdf paris
Philippe, le lendemain de l’interview au même endroit.

 

Je préfère dormir dehors plutôt que dans un foyer. Surtout au moment du RSA. Souvent les hommes boivent trop et se tapent.

On ne compte que trois foyers sur Paris pour la totalité des personnes sans domiciles fixes. A Bastille pour les hommes à partir de 25 ans, un autre dans Belleville pour les hommes et femmes de 18 à 24 ans, et un dernier à Gauthey, dans le XVIIe arrondissement pour les familles.

© 2017 Droit Au Logement

 

Philippe nous expose les deux plus grandes problématiques lorsqu’on vit dans la rue, autres que ceux du logement et de l’alimentation.

D’une part, la prostitution et les viols des femmes qui sont « inévitables » une fois qu’elles sont dans la rue. En effet, Philippe nous explique qu’une femme dans la rue se fait macquer par un mec, puis les femmes macquent d’autres femmes, chacun domine l’autre pour survivre.
Les viols se perpétuent et restent un sujet tabou auquel le gouvernement reste sourd et préfère légiférer en pénalisant les clients. Les conditions des prostituées deviennent d’autant plus dangereuses, précaires et violentes. Aider les prostituées et notamment SDF semble bien loin de l’effet visible de cette loi.

D’autre part le manque d’accès au soin est tout autant alarmant : son meilleur ami est à l’hôpital ayant des ulcères sur les jambes. En effet, l’accès au soin est de plus en plus difficile pour les plus démunis où les problèmes respiratoires, ostéoarticulaires et dermatologiques s’accumulent. A cela s’ajoute le développement de pathologies mentales comme la dépression qui ne sont pas considérées comme empêchant la survie et donc ne sont pas traitées.
Mais il nous dit en souriant « on peut compter sur les gens et ça ça fait chaud au cœur, y a des gamins dans la rue le mercredi qui m’invitent à manger ». Là où l’Etat ne prend pas ses responsabilités, associations et habitants se substituent à son action publique et ses obligations. La solidarité émane donc d’une auto organisation pour combler le manquement aux devoirs de l’Etat!

 

Si une personne se présente en situation de détresse, nous ne sommes pas habilités pour aider

En théorie, la commune a une obligation de loger les personnes  sans domicile fixe. Quant à l’État, il a également l’obligation de respecter le droit au logement au titre de la « lutte contre les exclusions » (art L121-78 du Code de l’action sociale et des familles), mais aussi de droits régis par la Constitution et  la déclaration universelle des droits de l’homme. La réalité est tout autre chose : le désintérêt de l’État est total face à l’augmentation de cette pauvreté.

Le phénomène de décentralisation de l’État a pour volonté de rapprocher l’administration des administrés, c’est donc à la mairie de prendre en charge la création de foyer pour les personnes sans domicile fixe ainsi que sa gestion.

Le directeur adjoint de la direction générale des services nous assure que si une personne se présente à la mairie en situation de détresse, ils ne sont pas habilités pour l’aider, ils n’ont « pas la main sur la création des foyers », ils ne peuvent que l’accompagner au centre d’action sociale de la ville de Paris situé boulevard de l’hôpital.

Au centre d’action sociale, une source interne nous  dit que « la mairie se débarrasse des gens en les envoyant ici mais ici on ne s’occupe que des personnes ayant déjà un logement, on fait des actions de solidarités pour les personnes âgées, isolées etc mais non les personnes sans domiciles fixe. » Elle me renvoie dans le 13ème arrondissement à la DASES (Direction de l’action sociale, de l’enfance, et de la Santé), service qui ne s’occupe pas non plus des personnes sans domicile fixe.

L’État viole donc nos droits et aucune mesure en pratique n’est respectée. A cela s’ajoute une coordination entre les organes administratifs totalement inexistante.

Comme nous pouvons le constater, les engagements de l’ancien président Hollande de créer une politique de logement par la ratification d’un « contrat social » n’ont pas eu d’impact dans la réalité.

A la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire administratif, on demandait en 2014 « pendant combien de temps l’État continuera-t-il à ne pas appliquer un droit qu’il a lui-même instauré ? ». Le Conseil d’État n’a jamais aussi bien porté son nom.

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Métro porte d’Italie, 13e arrondissement, une femme devenue sans domicile fixe suite aux graves problèmes de santé de son mari mendie.

 

 

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